19/10/2013

Kona 2013: RACEDAY

Ce qui n'était il y a quelques années qu'une image dans un magazine lorsque j'ai commencé à m'intéresser au triathlon, est devenu un rêve encore inaccessible lors de mon premier Ironman en 2010, puis une idée lointaine pendant la prometteuse année 2011 pour enfin devenir un objectif concret à atteindre à 2 ans avec l'aide de Christophe Bastie. Après une année 2012 d'apprentissage, cette saison 2013 a donc été orientée vers ce seul but: se qualifier à Francfort en juillet, et faire le meilleur résultat possible en octobre. Voilà donc le jour tant attendu enfin venu.

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2h du matin: le réveil sonne. 2h du matin ??? J'avais pourtant réglé le réveil à 4h ! Je vérifie: en effet, c'était bien 4h de prévu, mais il a sonné 2h plutôt (ne me demandez pas pourquoi, je n'ai toujours pas compris...). Je suis allé coucher à 20h30 l'esprit pour une fois serein, car après mon manque de sommeil depuis notre arrivée et la migraine de la veille, toute pression s'est évaporée: pas besoin d'espérer faire des étincelles avec une telle semaine pré-course. Je misais sur 10h avant la course, mais si je le fais en 11h, ça m'ira aussi finalement. J'ai donc passé ma meilleure nuit avant-course avec environ 5h de sommeil. Par rapport au reste de la semaine, je me sens donc plutôt bien reposé...

Petit dej' avant course classique (1/3 Gatosport, complété cette fois par un Sportdej, plus facile à digérer et pour bien compléter les stocks de glycogène), puis départ pour Kona. On arrive vers 5h15, c'est largement suffisant car je n'ai qu'à mettre mes barres dans ma poche Xlab sur le vélo, et gonfler les boyaux. Déja plus de file au marquage, ça se fait vite. Marquage "pro" avec décalc' et non pas marqué au stick indélébile Sourire. Je ne passe pas à la pesée (pour voir la perte de poids corporel avant/après j'imagine), direction le parc. Je pars ensuite à la recherche de François et Jean-Loup pour aller enregistrer un petit message à l'intention des supporters présents à la soirée Aloha, où notre course sera diffusée en live. Après avoir été voir près de leurs vélos, je ne trouve personne. Tant pis, j'y vais seul. Je reste encore un peu près de Michèle pour l'hymne américain et jusqu'au départ des Pros.

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Il y a du monde partout sur le Pier: sur les gradins, sur les rebords et tout autour de la petite baie, et dans les cafés et restaurants aux alentours. L'ambiance est magique, on en a la chair de poule. Je suis toujours serein, j'ai envie d'être dans l'eau et profiter de ces moments. Je passe une Xième fois où vous savez, puis je vais me faire mettre de la crème solaire sur les épaules et le cou. J'espère qu'elle est waterproof car je ne compte pas m'arrêter à nouveau ensuite. On nous appelle dans l'eau.

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L'entrée se fait à petit pas, tant l'entrée de cette "plage" est étroite, et nous sommes près de 2000 amateurs (business is business). Une fois dans l'eau, je nage en souplesse vers l'endroit que j'ai choisi pour le départ: tout à gauche. Les images de machine à laver et les témoignages lus ça et là m'ont convaincu: mieux vaut faire 100m en plus et nager tranquille que de se battre pendant 1h. Le speaker chauffe, l'ambiance monte. Je me retourne pour mémoriser ces images et ce monde. Derniers instants de calme ... le canon retentit, c'est parti ! Malgré le fait que je sois à l'écart, il y a encore du monde autour, je pars donc sur un rythme soutenu pour accrocher de bons pieds. L'eau transparente m'y aide bien, et je trouve rapidement un partenaire idéal. Je suis vraiment à l'aise derrière lui, et pourtant j'ai l'impression de nager vite. Demi-tour autour du Body Glove, ça se resserre un peu, je perds les pieds, puis ligne droite de retour. Apparemment il devrait y avoir un courant favorable, mais je ne le sens pas. Je me retrouve dans un autre groupe, entouré de Combis Blueseventy PZ3TX que j'ai finalement renoncé à acheter. Ca nage moins bien j'ai l'impression, ou en tous cas pas vraiment droit, mais dès que je pense à dépasser ou prendre ma propre trajectoire, je ressens la difficulté qui augmente, et je préfère finalement le confort de ce groupe et terminer frais plutôt que de gagner 1' et perdre plus d'énergie que nécessaire (la journée est encore longue). De légères tensions aux mollets et au tendon d'achile gauche (du côté du chip) se font ressentir peu à peu, j'essaye donc d'être le plus relax possible. Finalement, c'est peut-être la bonne stratégie, je sors de l'eau en pleine forme. Je m'étais fixé 1h05-1h10, je sors en 1h06 et quelques. C'est tout bon, mais je suis seulement 860ème Le retour à la terre ferme se passe bien et les tensions disparaissent dès les premières foulées. Je prends mon sac (c'est obligatoire) mais je contourne la tente car le sac est vide, je n'ai rien à enlever à part le bonnet et les lunettes et tout est sur le vélo. Tant mieux car elle est bondée, j'ai déja gagné une centaine de places au moins.

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Pas d'énervement, la transition est rapide mais calme. Le coeur redescend bien, et c'est parti pour 180 km. Les premiers km dans Kona sont délicats: il y a beaucoup de vélos partout et ça tourne, monte et descend (avec un demi-tour au bout d'Alii Drive). Je ne m'emballe pas, j'essaye de rester dans ma zone de FC pour une fois, et malgré tout je dépasse beaucoup de monde. Une fois sur la Queen K, je prends mon rythme et commence mon plan nutrition. Les puls sont basses, mais je roule très vite. On a un bon vent de dos, je pense. Ca veut dire aussi qu'on va souffrir au retour, donc pas de dépassement des 150 bpm plus de 1' dans les bosses. Je roule seul, je ne fais que dépasser. Après 1h, je suis à 40km, bonne moyenne ! Après quelques minutes, je vais me faire rattraper d'un coup par un groupe de 7-8 coureurs. Et m..., ça va commencer. Comme je l'avais lu, il y a pas mal de drafting ici car tout le monde sort de l'eau assez rapproché. Je vais essayer d'éviter cela, mais ça risque d'être difficile vu la densité. Je ne double plus aussi facilement, je dois cette fois faire de petits efforts pour passer les autres une fois que je suis rentré dans leur zone. C'est plus difficile de doser son effort dans ces conditions, mais c'est obligatoire pour éviter de rester enfermé et de prendre un carton. Je roule encore vite, 39,5 km/h après la deuxième heure, et malgré tout je me fais dépasser par des avions (dont certains ont déja leur numéro barré...). J'essaye de faire abstraction de ça, je ne fais pas LA course mais MA course. Nous arrivons à la montée d'Hawi. Il y a moins de vent qu'à la reco de mardi. tant mieux. Certains en profitent pour lâcher les watts, moi j'essaye juste de gagner quelques pulsations par rapport à ma moyenne mais pas trop. Je vois l'hélico qui approche, on croise les pros qui terminent la descente. Staryckowitz a commencé son numéro, Mc Kenzie est en chasse, un groupe de 4 est à distance, et derrière c'est déja très espacé. Demi-tour à Hawi, je passe les sacs de ravito perso même si j'en avais déposé un au cas où. En effet, les boissons de l'orga passent bien et j'ai encore assez à manger. Dans la descente, j'essaye de pédaler en puissance pour ne pas trop subir le vent latéral. A nouveau, ça passe comme une lettre à la poste, je me laisse déporter par les rafales (pas trop fortes) pour revenir sur une bonne trajectoire sans quitter la position aéro.

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Il commence tout de même à faire plus chaud. Je dépasse moins et je reste plus ou moins toujours avec les mêmes coureurs, tout en respectant au mieux les règles. A Kaiwahe, il fait bien chaud dans la bosse comme prévu, mais je ne fais pas d'effort inutile car je sais qu'elle peut faire mal, et c'est au-dessus qu'il va falloir commencer à batailler avec le vent. En effet, une fois de retour sur la Queen K, il est temps de pousser un peu plus fort pour garder le rythme. Devant, les coureurs sont déja bien espacés. Je garde le tempo et continue à remonter des places. Je m'asperge bien, la machine commence à chauffer. A Waikola, Michèle et Stéphanie sont là. Je leur fais signe que je suis à l'aise, et c'est vrai, j'ai l'impression d'être en contrôle total. Je pourrais bien sûr aller plus vite, mais je me dis que la course est longue, et le peu de minutes gagnées à vélo pourraient s'envoler par paquets sur le marathon si je dépasse mes limites. A ma surprise, François me dépasse à 30 km de T2. Je lui demande ce qu'il fait là, je n'imagine pas avoir nagé plus vite que lui... en effet, il s'est pris un carton après Hawi et vient d'effectuer ses 4' de pénalité. Il a un bon rythme, je n'essaye pas de le suivre, je me dis qu'il a pu récupérer, alors que je suis en prise depuis longtemps. Je sens que le chrono vélo sera bon, près des 5h, ce qui est largement plus vite que mes prévisions. Super! Je me demande si mes sensations cardio reflètent vraiment mon effort musculaire, on verra bien à pied. Finalement je boucle le vélo en 5h00'19", soit un 36 km/h de moyenne. Certes la vitesse a bien chuté sur le retour, mais c'est tout bon car une nouvelle fois, je suis dans un très bon état de fraîcheur pour attaquer la course à pied et j'ai remonté 400 places.

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Je prends mon temps pour la Transition. Je m'assure que j'ai bien tout: pastilles de sel, gels, Compressport R2 (j'ai préféré les mettre uniquement pour la CAP), dossard, montre GPS ... montre GPS ? Et m... je l'ai à nouveau laissé sur le vélo. Heureusement, celui-ci n'est pas loin dans le parc, je fais donc un rapide détour car je préfère tout de même avoir des repères cardios et d'allure. Sans doute une des moins bonnes T2 que j'aie fait. Je pars pour la course, les jambes mettent un peu de temps à se délier. Les puls sont un peu plus hautes que normalement, je décide donc de me fier à celles-ci plutôt qu'à la vitesse que je devrais tenir. La chaleur y est peut-être pour quelque chose. Je pars à 13 km/h sur Alli Drive. Michèle et Stéphanie sont à nouveau là pour les encouragements. Cette partie dans Kona est bien remplie de spectateurs. Je me fais un peu dépasser, mais à nouveau, je reste sur mon tempo en faisant abstraction des autres. Mon objectif était moins de 10h. Jusqu'ici, je dois être à 6h10 environ, j'ai donc 3h50 pour faire ce marathon. En tant que "rookie", je préfère ne pas prendre de risque plutôt que de viser le record tout de suite. Je pars sur 3h30 ce qui serait déja pas mal pour Kona (et pour moi). Après les 2x8km en aller-retour, on remonte Palani Road. Michèle est encore là. Elle me dit que François n'est qu'à 1 minute devant. Je fais la bosse en trotinant, beaucoup marchent. Je relance au-dessus. Prochain objectif: Energy lab. Je ne regarde pas trop ma montre, seulement une fois toutes les 30-40' pour prendre un lap et vérifier la moyenne des puls et la vitesse. Tout est toujours sous contrôle. Les ravitos passent bien, toujours avec la même routine: éponges d'eau fraîche, verre d'eau sur la tête, boisson Iso, coca, nouvelle boisson iso (parfois), de l'eau pour rincer ce qui est passé à côté de ma bouche Surpris, éponges et ça repart. J'ai l'impression d'être une machine. La partie sur la Queen K est longue. J'imaginais cela plus court. Les petits faux-plats m'obligent à ralentir un peu, mais en moyenne, je reste dans ma vitesse et ma zone FC cible. Je croise les motos, le premier va arriver ... C'est Fred Van Lierde. COOL !!! Je l'encourage, et en même temps ça me booste bien! J'aperçois François. Je reviens petit à petit sur lui, sans accélérer. Un peu avant de le dépasser, nous croisons Axel. Il est dans le dur, mais il nous encourage "Ne pas lâcher !". Vraiment sympa. Je passe François en l'encourageant aussi. J'imagine qu'il n'est pas au mieux non plus, je lui dit qu'on est sous les 10h à l'aise. C'est enfin la descente dans Energy Lab. Je m'attendais à une fournaise. Bien sûr il fait chaud (on monte jusqu'à 35°C) mais il fait nuageux et dans cette partie sans ombre et à l'abri du vent, ça pourrait être pire je pense. Je commence à avoir faim; Je prends un peu de temps à ces ravitos pour bien m'hydrater en marchant et manger un Bonk Breaker avant d'attaquer la montée. Retour sur la Queen K, il y a de moins en moins de monde. Ca commence à sentir bon ! Je recommence à reprendre des coureurs, c'est la course par élimination. Il n'y a pas de spectateurs sur cette section, alors je pense aux gens qui nous suivent encore sur internet à ce moment, à mes enfants, et je me rends compte que je n'éprouve ni lassitude, ni douleur aux jambes. J'en ai gardé sous la pédale, c'est sûr, mais j'ai tout de même de la peine à accélérer. Je vise les ravitos les uns après les autres. Les filles sont au-dessus de Palani Road, je lâche tout dans la descente, je n'ai même pas mal aux cuisses ! Mais malgré tout, sur le plat dans Kona, toujours pas d'accélération. Pas grave, je sais que j'ai fait un tout bon temps. Je n'ai pas le total, mais je suis aux alentours de 9h45 je pense. Je discute un peu avec un gars avec qui je cours depuis la sortie d'Energy Lab et il me dit qu'on sera sous les 9h40. Quel pied !!! Je profite de la traversée de Kona sur Alii Drive. Je tape dans les mains, je prends ces derniers instants de bonheur. Même pas envie de sprinter pour gagner une ou deux places, j'en ai repris une centaine sur le marathon, et je veux juste PROFITER. Je passe la ligne en essayant d'être seul,  9h39'15" pour mon premier Kona, et je n'ai même pas mal!!! J'explose de joie une fois la ligne passée.

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L'après course est classique, avec l'"athlete's garden" rempli de stands. Glace, pizza, fruits, tout y passe. Le massage en bord de mer fait du bien Cool. Finalement j'ai un peu mal quand même... Je pars à la recherche des filles, et je retrouve François arrivé moins de 10' après moi. Objectif Sub 10 rempli pour tous les deux ! Nous allons boire une bière, puis deux, puis prendre un bon Cheeseburger/frites au bord du Pier, tout en vérifiant sur le site la progression de Jean-Loup. Nous allons ensuite à sa rencontre sur la Queen K. Il a du mal, mais il avance en trotinant, sans marcher. Il finira la course c'était là l'essentiel pour lui, après une fin de saison chargée avec 2 Ironman (Mont-Tremblant et Belman) en août.

Après avoir récupéré les vélos et profité encore un peu de l'atmosphère, nous rentrons à l'hôtel, la tête pleine de bons souvenirs et de pensées positives.

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Voilà, c'est la fin de cette aventure. Et quelle fin ! Si on me l'avait dit avant la course, j'aurais signé des deux mains. J'ai vraiment eu l'impression d'être en contrôle permanent, comme je ne l'avais jamais été sur un Ironman auparavant. Ca m'a réconcilié avec la distance, et quoi de mieux que de le faire ici à Kona ! Maintenant place au repos, à la regénération, avant de planifier la saison 2014...

Encore un grand MERCI à tous ceux qui se sont intéressé de près ou de loin à ce périple. Merci en particulier à Michèle car la préparation d'une telle année demande des sacrifices et elle a toujours été là pour me supporter, même de l'autre côté du globe.

17:12 Écrit par M3 TEAM dans 0. Road2Kona, 5. Multisports | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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